Le bonheur nazi ou la mort des autres de Michel Rachline

Bonjour,

Je reviens vers vous avec un retour un peu particulier… un livre qui m’est tombé dans les mains alors que j’étais en train de l’enregistrer sur ma boutique.

Il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas plongée dans des livres traitant de la seconde guerre mondiale. Je ne sais pas pour vous, mais c’est une période qui m’a toujours intriguée, je me suis toujours demandée comment il est possible de manipuler les masses à ce niveau là et les entraîner dans de telles exactions… En y réfléchissant (après lecture) je me demande pourquoi je ne m’interroge pas plus sur l’Inquisition. Enfin bref, ne mélangeons pas politique et religion. Bien que parfois…

4ème de couverture

La mort des autres se pardonne si facilement !…

Le héros de ce livre n’a cessé d’être un nazi que le temps nécessaire à la cicatrisation, même superficielle, de quelques blessures; plus intelligent que d’autres, il a compris que la victoire de Hitler n’était qu’une question d’année : les temps sont arrivés.

Alors, il chante cette victoire, dont il voit les effets dans tous les pays, chez tous les hommes; naguère en Algérie, aujourd’hui au Vietnam, en Irlande, en Afrique, au Moyen-Orient, demain en France, peut-être. Frédéric Marais, alias Marelle, sait que les nazis ont gagné, et que le monde est à jamais empoisonné par cette victoire de la Mort.

Il exalte l’horreur, le crime, la persécution, la haine, le racisme, car c’est ce livre-là que les anciens nazis auraient dû écrire, qu’ils n’ont pas écrit, que, seul, Marelle, ou Marais, ose publier, un livre à la gloire du national-socialisme.

Si les Juifs, les Français et tant d’autres avaient su lire ce livre « Mein Kampf », le destin du monde eût changé. Si les néo-fascistes d’aujourd’hui, les partisans de l’Ordre Nouveau, les nationalistes acharnés, acceptent de livrer à la méditation de leurs consciences, les cris poussés par le héros de ce livre devant la renaissance du nazisme, de l’antisémitisme, du fascisme et même du nazisme, la face du monde ne changera peut-être pas, mais l’auteur du « Bonheur Nazi » emportera la conviction d’avoir livré son combat, avec ses armes, contre les hordes du malheur et contre sa propre peur d’avoir à quitter de force la terre, la terre bien-aimée, à qui les hommes donnent la forme de l’Enfer .

Mon avis

La couverture n’est pas ce qu’on fait de mieux dans le genre, même en 1972 mais elle a le don d’interpeller. Un arc-en-ciel au-dessus de détenus dans un camp, rien que ça, ça fait froid dans le dos.

Pourquoi avoir lu ce livre au vu de son titre choquant et vous le verrez des propos tenus par Marelle (le narrateur) ? … L’Avertissement de l’auteur, qui nous incite à la réflexion, ainsi que le fait qu’il soit juif.

Il y a une de ses phrases qui résonne dans la situation actuelle et qui inquiète :

 » Il n’y a pas de fascisme sans un drame social, local ou général; et comme le drame social ne peut être évité, dans aucun régime, sous aucun règne, la menace fasciste pèse sur nous, […] lors même que nous la croyons disparue, anéantie, détruite par les résultats de ses excès »

Je vous mets une dernière citation de cet avertissement avant de vous laisser découvrir mon avis plus… personnel !

 » Si nous ne voulons pas souffrir, […] dressons l’oreille chaque fois qu’un homme attente à la liberté sous quelques prétextes que ce soit ! Si nous trouvons normal d’interdire des livres parce qu’ils sont pornographiques, ou de détruire des tableaux parce qu’ils ne correspondent pas aux critères officiels de l’Art, alors acceptons qu’un matin, vers 6h, des hommes affublés de chapeaux mous viennent nous surprendre au lit […]. Car c’est la même pensée qui oppresse l’expression et qui brûle des enfants ! « 

Dans ce roman, on se retrouve dans la tête et la vie d’un nazi français, convaincu que Hitler représente LA solution. Cette haine des autres, ce besoin de domination est, selon lui, indépendant de l’éducation qu’il a reçu, il est né pour dominer …. L’idée de n’avoir aucune influence sur l’évolution d’un enfant fait peur, sans compter que supposer qu’un enfant peut naître mauvais me semble totalement absurde. Mais passons et prenons-le comme il se doit… une hypothèse de départ qui permet de prendre un certain recul vis-à-vis des événements qui vont suivre.

En dehors de l’horreur de l’époque, de l’excuse de la recherche scientifique, du plaisir à tuer, à exprimer sa supériorité (toujours au nom de la science) ce qui est le plus dérangeant (car finalement on en a tous lu des livres sur la 2nde Guerre Mondiale… rassurez-moi, j’suis pas la seule à vouloir comprendre ? ) c’est le parallèle que fait l’auteur avec d’autres événements plus récents ou plus anciens… il parle des exactions de l’Inquisition, de la religion juive dans ses extrêmes avec le rejet des « goys », de la Russie.

En dehors des « fanatiques » de la première heure, il tente aussi d’expliquer ce qui a incité les autres à suivre Hitler dans son délire… Enfin, il humanise les « grands maîtres » de la torture (tous ont des tares physiques ou une timidité excessive, un manque d’assurance qui facilite leur manipulation) … Attention, ce n’est pas pour qu’on les excuse, mais pour que l’on se méfie… Derrière l’homme le plus affable, le plus innocent (du moins en apparence) peut se cacher le pire des bourreaux !!!

Imaginer la cruauté, le plaisir du narrateur à torturer et dominer, sa vision de l’autre (en dehors de toute humanité) sont difficiles à lire, à encaisser et à accepter. Le fait que cela se passe lors de la 2nde Guerre Mondiale permet de prendre un certain recul car nous connaissons ce pan de l’Histoire, mais les parallèles faits de manière parcimonieuse mettent en garde le lecteur sur les événements qui l’entoure et le danger omniprésent du fascisme que ce soit en 1971… ou maintenant !!

Un livre à lire au 2nd degré, loin de l’apologie du nazisme qu’il laisse supposer mais plus comme une mise en garde face aux crises sociales et économiques afin de nous éviter de retomber dans l’horreur de l’époque. Le questionnement sur la noirceur de la nature humaine est toujours présent. Pouvons nous tous devenir des tortionnaires si l’on nous laisse un peu de pouvoir ? Selon l’auteur oui, et c’est un combat de chaque instant de garder un esprit éclairé pour ne pas se laisser envahir par nos bas instincts.

Je ne sais pas si je recommande ce livre… En tout cas, il me semble toujours d’actualité de par sa mise en perspective, mais si l’on ne voit pas plus loin que le simple récit, si l’on ne prend pas la peine de garder en mémoire les propos de l’auteur, la lecture en est extrêmement difficile.

Au cas où, pour l’acheter, c’est ici : https://limaginariumboutique.fr/bouquinerie/litterature-noire/le-bonheur-nazi-ou-la-mort-des-autres-michel-rachline/

 

 

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